DIOCESE DE MAROUA-MOKOLO Insécurité : le décryptage de la Conférence Episcopale Nationale du Cameroun Une étude commanditée par le Service National Justice et Paix de la CENC passe au scanner les dits et les non dits du drame humanitaire au Nord

Le document de 30 pages est structuré en 5 parties. La première porte sur une présentation de la région de l’Extrême-Nord, la deuxième plonge le lecteur au cœur de l’insécurité perpétrée par Boko Haram, la troisième passe au peigne fin les ressources de Boko Haram et les modes de recrutement des jeunes, la quatrième partie quant à elle aborde la question de la violence et ses conséquences dans le Diocèse de Maroua-Mokolo, la dernière partie en fin  est un plaidoyer pour la paix et propose des

perspectives de sortie de crise. Placée sous la coordination du Pr Jean Paul Messina et conduite avec la pleine  participation de l’Abbé Antoine Essomba Fouda, la mission d’enquête a eu lieu du 11 au 18 décembre 2014 à Maroua et à Mokolo. Le rapport de ce premier volet résulte des entretiens avec les personnalités musulmanes et chrétiennes des localités visitées, dont presque toutes ont requis l’anonymat. Il s’appuie également sur la lecture des documents mis à la disposition parmi lesquels des prêtres et de Sr Gilberte, enlevés sur le territoire camerounais par les éléments de Boko Haram. 

L’étude révèle que malgré quelques sympathies, du reste négligeables, à l’égard du Boko- Haram, l’islam camerounais reste attaché à la paix. Et les rapports avec le christianisme ne souffrent d’aucune hostilité de nature à perturber la cohésion sociale dans l’ensemble du septentrion camerounais. Sur les mécanismes d’enrôlement de ses miliciens, il ressort des résultats de l’enquête menée dans l’Extrême-Nord que Boko Haram s’intéresse particulièrement aux jeunes de 15 à 25 ans, généralement en situation de chômage. Au moment du recrutement par des intermédiaires mandatés, chaque jeune recevrait 250 000 frs CFA et une moto. Un rendez-vous est pris ensuite en territoire nigérian où un comité d’accueil est mis en place pour identifier, endoctriner et faire assurer la formation des jeunes recrues aux techniques de combat et de maniement des armes de guerre. Le recrutement des jeunes ne se fait pas uniquement par monnayage des services, certains sont engagés de force lors des attaques armées, d’autres par séduction par l’idéologie de la secte qui veut former un gouvernement d’Allah par Allah et pour Allah. On estime à plus d’un millier le nombre de jeunes recrutés par Boko Haram au Cameroun depuis 2013, apprend-on. S’agissant du rapt des jeunes filles, il serait selon l’étude consécutif au souci d’accroître la natalité et de permettre à la secte de disposer d’un nombre élevé de combattants, d’autant plus que ces derniers temps, les pertes de ceux qui combattent pour la secte sont en hausse constante.

De même d’éventuelles connexions entre ce groupe terroriste et des mouvements terroristes internationaux ainsi que certains Etats sont clairement évoquées dans cette étude qui souligne par ailleurs que Boko Haram ne peut pas agir ainsi sans soutien et complicités à l’étranger, surtout qu’en ce moment où Boko Haram subit de lourdes perdes à chaque confrontation avec les armées camerounaises et tchadiennes ce groupe terroriste a besoin d’énormes moyens financiers et logistiques.   La présente étude réalisée par la Conférence Épiscopale Nationale du Cameroun, grâce au soutien de l’organisme américain, Catholic Relief Service (CRS), à travers le Service National Justice et Paix  est un véritable document de référence pour une meilleure compréhension de la situation qui prévaut dans l’Extrême-Nord du Cameroun.

                                                                                                                     Christian OBAMA

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