MESSAGE DES EVEQUES DU CAMEROUN Sur la situation de violence dans les zones Frontalières du Cameroun

Réunis à Nkongsamba depuis le 10 janvier 2015 à l’occasion de notre 38ème Séminaire annuel pour réfléchir sur la marche de l’Eglise Catholique qsui et au Cameroun, nos cœurs sont aussi tournés vers les évènements du Grand Nord, de l’Est et d’autres régions de notre pays.

C’est avec un vif intérêt et une réelle consternation que nous suivons les tristes événements que vivent les populations de quelques-unes de nos zones frontalières, notamment celles du Grand Nord. 
En effet, le Cameroun subit sur son propre territoire depuis plusieurs mois des agressions armées de grandes envergures perpétrées par la secte Boko-Haram basée au Nigéria voisin. Ses membres procèdent par des enlèvements, des pillages, des attaques à l’arme lourde, des razzias ; ils massacrent par villages entiers des populations entières indépendamment de leurs appartenances ethniques ou religieuses. Des familles entières sont décimées, des milliers de personnes déplacées. Ces actes d’extrême barbarie sont aussi cause d’une grande souffrance morale et physique chez des personnes âgées, des orphelins, des veuves, des mères et leurs enfants, des réfugiés et chez toutes les personnes victimes de tant d’injustice et de violence sous toutes ses formes. 

S’agissant des jeunes en particulier, ladite secte détourne chez nous et ailleurs un grand nombre d’entre eux fragilisés par la pauvreté ; d’aucuns sont même enrôlés et placés au front comme chair à canon.
La situation est à la fois alarmante, dramatique et préoccupante, et surtout dans l’Extrême-Nord, avec l’afflux des réfugiés surtout nigérians, et des déplacés camerounais, avec l’effondrement des activités sociales, économiques, agricoles et pastorales et la famine des populations ; à cela s’ajoutent les peurs d’infiltration, d’enlèvements, d’insécurité et d’embrasement, sans oublier la crainte d’un possible chaos déstabilisant.
Face à cette situation vraiment grave, Nous, Evêques du Cameroun, à l’issue de nos travaux ici à Nkongsamba, adressons ce message de solidarité. 
Nous exprimons notre solidarité et notre communion à tous nos frères qui souffrent en même temps que nous dénonçons avec vigueur ces actes vraiment inhumains ainsi que toutes les violations de la dignité et des droits de l’homme qui laissent derrière eux, ruine et désolation. 
Nous saluons les efforts déployés par l’Etat du Cameroun à travers ses dirigeants pour préserver la sécurité des populations sur toute l’étendue du territoire national.
Dans la violence armée qui est venue s’installer à nos frontières par des attaques à répétition avec parfois des incursions à l’intérieur même de notre territoire, bon nombre de nos fils et filles des forces de défense et de sécurité interviennent en légitime défense et au prix d’énormes sacrifices y compris ceux de leurs propres vies pour préserver la sécurité nationale et l’intégrité territoriale. Nous tournons vers eux notre pensée.
Nous appelons tous les citoyens camerounais, et particulièrement nos dirigeants à plus de vigilance pour défendre et préserver l’unité nationale qui doit rester notre force face à toute menace.

Nous convions les camerounais à se mobiliser dans un élan de grande solidarité pour aider les réfugiés, les déplacés et les malnutris.
Nous pensons que la gravité de la situation doit aussi susciter une plus grande solidarité et une mobilisation à la fois du Nigéria, des pays de la Sous Région, du Continent et de toute la Communauté internationale. Cette solidarité et cette mobilisation sont urgentes pour proposer des solutions efficaces de protection et des moyens de développement des populations.
« Rien n’est perdu avec la paix, tout peut l’être avec la guerre », disait le Pape Pie XII à la veille de la Deuxième Guerre Mondiale. Nous demandons donc à tous nos fidèles ainsi qu’à tous les croyants en Dieu de prier de façon plus intense pourla conversion des cœurs afin de vaincre les démons de la violence et de la haine. Que les Eglises, les Temples et les Mosquées ne désemplissent pas de fidèles qui implorent de Dieu le don de la paix, car lui seul est notre paix véritable. 
L’Église catholique appelle les Eglises à faire de la semaine de prière pour l’unité des chrétiens qui commence le 18 janvier un moment d’intenses prières œcuméniques pour la paix au Cameroun.
Que la Vierge Marie, Patronne de notre pays continue de veiller sur nous et de nous garder sous sa constante protection maternelle. 
Fait à Nkongsamba, le 17 janvier 2015 
Les Evêques du Cameroun

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