Mgr Dieudonné Espoir Atangana, 5ème Evêque du Diocèse de Nkongsamba décline dans cette interview exclusive accordée à L’Effort Camerounais

Monseigneur, cela va faire bientôt un an que vous êtes Evêque du Diocèse de Nkongsamba. Quel bilan faites-vous de vos dix premiers mois comme Ordinaire du lieu ?

Merci pour la confiance, permettez que je trouve le mot bilan un peu prétentieux. Je n’en fais aucun pour le moment. Depuis le 14 juillet 2012, avec l’ensemble du peuple de Dieu du Diocèse de Nkongsamba, nous nous sommes considérés comme un unique et corporatif maçon au pied du mur. Nous nous sommes donc mis au travail, à noter aussi que c’est l’année de la Foi, l’essentiel des efforts s’orientent dans ce sens. Conjointement,  j’ai à découvrir le Diocèse et le programme des visites pastorales qui s’étale jusqu’à la fin de l’année, devrait me permettre de connaître déjà l’ensemble du Diocèse. J’ai déjà pu  découvrir beaucoup de choses merveilleuses, nous sommes au travail, on verra bien.


Comment avez-vous trouvé le Diocèse de Nkongsamba  au moment de votre arrivée ?

 


Je l’ai trouvé en attente. Je crois que le nouveau pasteur donné par Dieu a été accueilli avec joie, j’ai tenu à consacrer les premiers mois à l’écoute de tout un chacun. Les gens passent très nombreux. Comme je l’avais dit, j’apprends beaucoup de choses et je crois que pour l’essentiel cela me permettra de mieux connaître le Diocèse et de canaliser les énergies  vers le travail commun dont j’ai déjà parlé.

Vous êtes le 5ème Evêque du Diocèse de Nkongsamba, un  Diocèse qui a connu le passage de prélat à forte personnalité. Est-il facile excellence  d’hériter d’un Diocèse qui  a eu comme Pasteur NNSS Albert Ndogmo, Thomas  NKuissi ?
Vous avez oublié Mgr Paul Bouque, il fallait peut- être commencer par là, et certains administrateurs à forte personnalité aussi. Je suppose que c’est le Seigneur qui  a fait le choix. Quand cela  vient du Seigneur on se dit qu’Il sait ce qu’Il fait. L’histoire nous dira aussi ce qu’il en est. Je ne voudrais  pas que l’attention se  focalise spécialement sur ma personne, puisque c’est de tout le peuple  de Dieu qu’il s’agit.

Après l’éclatement du Diocèse de Nkongsamba et la création du Diocèse de Bafang, comment s’est opérée la répartition des prêtres ? Avez-vous des prêtres en nombre suffisant ?

 


Il y a des règles pour cette répartition. Le droit prévoit que chacun des prêtres en place dans le Diocèse reste là ou la division le trouve, ça c’est le premier principe. Ceux qui sont à l’extérieur ou sur le point de partir doivent choisir, et ils l’ont fait. Puis, si parmi ceux qui sont  dans le Diocèse il y a des problèmes particuliers à résoudre on le fait aussi, de commun accord entre les deux Evêques. Donc, je ne pense pas qu’on puisse dire simplement et tout de go que  nous avons vu partir de nombreux prêtres, ce n’est pas vrai. Il y a quelques demandes de part et d’autre, des échanges, et pour ce qui concerne le Diocèse de Nkongsamba, nous avons sur place une soixantaine de prêtres. D’autres se sont annoncés de l’étranger et d’ailleurs. Ces derniers jours, j’en ai accueilli un qui était à Yaoundé depuis des années déjà, et un autre nous arrive de Côte d’Ivoire, nous avons quand même du personnel, c’est vrai avec une soixantaine de paroisses, la moisson est abondante et les ouvriers peu nombreux.

Le Diocèse de Nkongsamba est l’un des rares du pays dont le Vicaire Général n’est pas Camerounais, qu’est-ce-qui explique ce choix qui ne passe pas inaperçu ? 
Le choix a largement été expliqué. Je découvrais le Diocèse, il est vrai avec un certain nombre de prêtres que j’avais déjà connu, soit au Séminaire, soit pendant les années d’études, soit comme professeur à l’Université, mais j’avais besoin de connaître d’abord tous nos prêtres, de connaître aussi la réalité. Le prêtre dont vous parlez et qui a été nommé Vicaire Général, c’est un vieux routier, quelqu’un qui a beaucoup travaillé, même dans notre Eglise du Cameroun, et que je connaissais déjà. Je lui ai simplement demandé de nous donner un coup de main, le temps que je connaisse l’ensemble du clergé, parce que je ne suis pas du genre à choisir aujourd’hui, et puis le lendemain je le regrette.  Il a accepté et je voudrais lui redire merci ici, et je crois que cela a été  expliqué à l’ensemble du Diocèse de Nkongsamba, et cela a  été approuvé.

Monseigneur, quelles sont vos priorités pastorales ?
C’est providentiel que l’année pendant laquelle je commence mon ministère dans le Diocèse de Nkongsamba soit l’année de la Foi. Nous avons orienté l’essentiel de nos efforts dans ce sens là. Comme un peu partout dans l’Eglise universelle, dans les autres Diocèses du Cameroun, il y a un certain nombre d’activités qui sont organisées pour l’année de la Foi. Nous sommes en train de les vivre, en particulier les catéchèses sur la foi. Et vous pouvez imaginer que c’est très riche, c’est très varié et presque inépuisable  les sujets sur lesquels on table.  Je crois que certaines de ces catéchèses ont été diffusées sur Radio Veritas, et nous poursuivons. Comme priorité au-delà de cette année de la Foi, je crois que nous poursuivons le travail de catéchèse dans la perspective de la nouvelle évangélisation, dont parlent abondamment les Papes. Je crois que la catéchèse a un peu de plomb dans l’aile dans nos églises du Cameroun. Beaucoup de fidèles restent en marge de la catéchèse. Il y a même eu des plaintes par rapport à cette situation, vous avez des gens juste pour la préparation aux sacrements d’initiation chrétienne, et dès qu’ils sortent de là, plus de catéchèse du tout. Cela  fait donc une préoccupation en particulier pour moi, et nous sommes déjà en train de mettre sur pied un système qui doit nous permettre de rejoindre de plus en plus les gens où ils sont pour la catéchèse. Je crois qu’au-delà de l’année de la Foi,  ce sera  le grand travail à faire.

Excellence, quelles sont les difficultés auxquelles vous faites face dans le Diocèse de Nkongsamba ?
Comme dans tous les Diocèses du Cameroun, l’enseignement catholique a des problèmes.  Celui de Nkongsamba a aussi des problèmes, notamment le problème de l’éducation. Dès mon arrivée, j’ai trouvé deux grands dossiers sur la table, celui de l’éducation et celui de la santé. Ce sont donc là les grands problèmes que je suis en train d’affronter pour le moment.

Vous avez pris part pour la première fois à la récente Assemblée plénière des Evêques, comment avez-vous été   accueilli par vos paires ?
Oui c’est vrai que c’était la toute première Assemblée plénière annuelle de la CENC, mais il faut aussi dire que celle-ci a été largement préparée par le séminaire de janvier, parce que chaque année, nous avons deux grandes rencontres, le séminaire en janvier et puis l’Assemblée plénière annuelle. Je me rappelle avoir répondu à un journaliste qui parlait de bleu ou de rouge, je lui ai dit que c’est un bleu déjà en marche. Ça c’est bien passé dans l’ensemble, d’autant plus que  presque tous nos Evêques, ce sont des personnes avec lesquelles j’ai eu à travailler. Je faisais partie de la commission des ouvriers apostoliques dont j’ai été le secrétaire, et quand j’arrive comme Evêque, je connais tout le monde, ils nous ont bien accueilli.

Au cours de leur Assemblée plénière, les Evêques ont procédé au renouvellement de la présidence et de la vice présidence de la CENC. Quelles sont les attentes que vous placez en  vos nouveaux responsables ?
Vous faites bien d’évoquer  ces élections, elles ont bien eu lieu. Nous nous  réjouissons d’avoir dans la  Province  Ecclésiastique de Douala le nouveau Président de la CENC, à savoir Mgr Samuel Kleda, Archevêque de Douala, et dans la Province Ecclésiastique de Bamenda, Mgr George Nkuo, Evêque de Kumbo comme Vice-président. Il est clair que lorsqu’on est   à ce poste, on a déjà un travail fondamental à faire, faire fonctionner l’institution pour que la dynamique de la foi dans nos Diocèses, dans l’Eglise au Cameroun trouve des éléments de continuité et d’approfondissement, c’est d’abord cela. Puis le reste va se décliner par rapport aux nouveaux défis, dont la nouvelle évangélisation en particulier, par rapport aussi au  fonctionnement notamment institutionnel et matériel de la CENC, parce que ces dernières années, cette option a été prise de doter la CENC des moyens de survie et de fonctionnement, qu’on ne continue pas simplement à attendre que les moyens nous arrive d’ailleurs. Je crois que c’est bien de responsabiliser nos communautés chrétiennes vis-à-vis d’une institution comme celle-là qui porte la vie de foi chez nous.

Comment avez-vous accueilli votre désignation comme représentant de la Province ecclésiastique de Douala au sein du Conseil Permanent de la CENC ? 
En rendant grâce au Seigneur. Bien entendu, c’est une nouvelle charge à laquelle je ne comprends pas encore  grand-chose, que je vais découvrir. Cela  peut créer des interrogations, mais je prends tout cela de façon positive. Je me rends disponible pour servir la communauté, faire entendre la voix de notre Province à ce Conseil permanent, apporter notre pierre à l’édification du Royaume de Dieu chez nous.

Vous venez de procéder à la dédicace de vos deux CD de musique religieuse.  Qu’est-ce-qui vous a amené dans le domaine du chant. Ce n’est pas tous les jours qu’on voit un Evêque qui chante ?
Comme vous le savez, certes je suis auteur-compositeur, arrangeur de ces deux CD qui  portent  le premier sur mon ordination presbytérale et sur les 25 ans de mon ordination sacerdotale, et l’autre,  à l’occasion de mon sacre épiscopal. Mais il faut aussi savoir que des amis, parfois les plus jeunes ont aussi travaillé, soit en composant des morceaux que nous avons retenu parce que nous avons dû faire un choix assez strict, soit comme choristes ou instrumentistes. Ils ont apporté du leur pour que ces œuvres voient le jour, je voudrais leur rendre hommage ici. J’ai voulu donner corps à ce double projet comme je le disais tout à l’heure pour qu’en cette année de la Foi, nous puissions ensemble  partager  les richesses spirituelles, c’est surtout dans ce sens là, partage sur le plan spirituel et promouvoir d’autres talents que l’Evêque.

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