Mgr Yves Plumey, Apôtre du dialogue interreligieux

Photo Anniversaire de la mort de Mgr Yves Plumey Photo Anniversaire de la mort de Mgr Yves Plumey

A l'occasion du trentième anniversaire de son assassinat, l'Eglise se rappelle encore les moments forts qui ont marqué le ministère de ce pasteur proche de son Peuple et ambassadeur de la Paix.

« MGR YVES PLUMEY : UN EXEMPLE DE FRATERNITE ET D’OUVERTURE DANS LE DIALOGUE INTERRELIGIEUX »

INTRODUCTION

Lorsqu’on jette un regard sur l’histoire du monde, l’on se rend compte que les rapports entre les religions ont connu et connaissent encore des heurts, parfois très violents ; c’est le cas surtout quand les appétits de pouvoir s’en mêlent. Alors en effet, ce qui devrait unir les humains au plus profond de leur cœur devient un motif et un stimulant pour la haine et les oppositions. Toutefois depuis quelques générations certains événements ou situations montrent aussi qu’une maturation de la conscience de l’humanité se fait dans le sens du respect des individus et/ou des groupes en matière de vie et de pratique religieuse. A cet égard, le Concile Vatican II représente une borne lumineuse à nulle autre pareille.

I- LE CONCILE ŒCUMENIQUE VATICAN II

Le Concile Vatican II a donné à l’Église catholique l’occasion de se regarder elle-même, et de s’interroger sur sa fidélité à l’Évangile. Il lui a permis aussi de s’interroger sur ses rapports avec le monde, et également sur ses rapports avec les autres religions : soit les religions chrétiennes (ce qui adonné lieu au Décret sur l’Œcuménisme) soit les religions non chrétiennes (ce qui a conduit à la Déclaration « Nostra aetate » sur les relations de l’Église avec les religions non chrétienne). Ce dernier document conciliaire mentionne explicitement quatre (4) « religions non chrétiennes » à savoir l’hindouisme, le bouddhisme, l’islam et la religion juive.  Évidemment il serait naïf, sinon plus, d’imaginer un seul instant qu’il n’y a que quatre religions non chrétiennes sur notre planète. Il s’agit là plutôt de quelques cas illustratifs : ce qui est dit de l’une vaudra, toute proportion gardée, pour l’autre.

II- LE CONCILE VATICAN II ET LE DIALOGUE INTERRELIGIEUX

Le dialogue interreligieux est né officiellement avec le deuxième Concile du Vatican. Mais quel est en fait le contient de cette expression ? – Elle désigne le nouvel esprit avec lequel l’Église catholique veut aborder les fidèles de toutes les religions qui ne reconnaissent pas le Christ comme Dieu n’accueillant son Évangile comme règle de vie. Tout en adoptant cette attitude, l’Église catholique ne se renie pas elle-même et ne brade pas son patrimoine spirituel. Elle ne renonce pas à la mission que lui a confié son fondateur, elle ne dévalue pas son « Crédo », mais elle cherche à rencontrer les différents croyants non chrétiens avec respect sur le terrain des grandes aspirations du cœur de l’homme et des problématiques majeures de notre vie sur terre. Ce faisant, elle se laisse guider par un principe retenu par le Concile même à savoir : « La vérité ne s’impose que par la force de la vérité elle-même qui pénètre l’esprit avec autant de douceur que de puissance » (Déclaration sur la liberté religieuse, Dignitatis Humanae 7/12/1965, n°1)

Monseigneur Yves Plumey a suivi cette ligne dans son action pastorale, avant et après le Concile. En effet l’évêque avait fait le terrain une bonne quinzaine d’années avant l’ouverture de l’Assemblée conciliaire, dans le vaste septentrion du Cameroun et la région du Mayo-Kebbi au Tchad, avec ses confrères Oblats de Marie Immaculée, là où les prêtres déhoniens (prêtres du Sacré-Cœur de saint Quentin) les avaient précédés. A cet égard, l’on est en droit de dire que Yves Plumey a anticipé le Concile et ensuite l’a mis en pratique après 1965.

III- LA PRATIQUE DU DIALOGUE INTERRELIGIEUX CHEZ MGR YVES PLUMEY

           Peu après avoir pris sa retraite, Monseigneur Yves Plumey a publié un ouvrage intitulé « Mission Tchad-Cameroun : Documents-Souvenirs-Visages ». A travers ce livre, les personnes qui n’ont pas vu le prélat en action ou ne l’ont jamais rencontré, peuvent se faire une idée assez claire du regard qu’il portait sur le dialogue interreligieux et sur la façon dont il le vivait et le pratiquait.

            Ainsi, le premier évêque et archevêque de Garoua accorde une grande importance aux rencontres avec des personnes qui pratiquent la foi musulmane et qui se situent à un certain niveau social. Il dit : « En ce qui concerne nos missions catholiques du Nord-Cameroun et du Tchad (partie du Mayo-Kebbi avec le diocèse de Pala), des contacts ont été pris souvent entre des missionnaires et les autorités musulmanes. En de très nombreuses occasions, l’évêque de Garoua eut des entretiens avec les lamibé du Nord, avec des membres du gouvernement du Cameroun originaires du Nord et fils de l’Islam » (op. cit., p.45). Les collaborateurs du Prélat suivent ses pas et sa méthode dans ce domaine. Ces contacts sont noués dans la « reconnaissance et le respect »(p. 574), et l’auteur n’hésite pas à s’en féliciter : « Nos missionnaires ont accompli ce service, cette tâche difficile et souvent obscure dans un sentiment de profond respect et d’appréciation des valeurs de cette culture islamique que le Père de Foucauld fut le premier à estimer et à étudier » (op. cit., p. 46). Ces démarches qui sont menées par l’évêque de Garoua visent un but précis : « L’Islam et christianisme : nous rencontrer et nous comprendre » (op. cit., p. 43). Nous retrouvons ainsi le but premier que l’Église catholique assigne au Dialogue interreligieux partout dans le monde. Cependant il ne faut pas oublier l’autre volet de l’initiative, à savoir la recherche de la « coopération entre chrétiens et musulmans » (op. cit., p. 46). Et ça Monseigneur Yves Plumey ne l’a pas oublié non plus.

 

IV-RECHERCHE DE LA COOPERATION

          Une année avant l’ouverture de la première session du Concile Vatican II (mais quelques années après sa convocation), Monseigneur Yves Plumey pose un geste assez original, du moins si l’on prend en considération le contexte de l’époque, quinze ans après l’arrivée de l’équipe des Oblats de Marie Immaculée dans le Septentrion du Cameroun. Alors reprenons les paroles de l’auteur même du livre « Mission Tchad-Cameroun » pour situer l’événement : « Nous sommes à la fin de l’année 1961, voilà déjà quinze ans que les missionnaires se trouvent en contact avec de nombreuses populations islamisées. Des contacts ont eu lieu, des conversations se sont échangées avec des chefs peuhls comme avec des gens du peuple, des commerçants, des artisans. A l’occasion de la fête de Noël, l’évêque de Garoua estime que le moment est venu de parler » (p. 46). Et que dit donc l’évêque de Garoua ? Voici : « En cette fête de Noël 1961, l’évêque de Garoua tient à adresser ses vœux fraternels à tous, mais particulièrement à tous les fils de l’Islam du Nord-Cameroun…La grande fête qu’est Noël nous convie, nous les chrétiens, à leur dire en toute loyauté notre pensée profonde. Le bien supérieur que nous découvrons dans Christianisme et dans l’Islam doit surpasser toutes les incompréhensions parfois même un sentiment de haine qui ne doit pas avoir place dans le cœur de ceux qui croient en Dieu et le prient avec foi et amour. Voici brièvement résumés quelques points essentiels qui rapprochent le Christianisme et l’Islam, et qui doivent être sincèrement considérés de part et d’autre. Même origine : Abraham, père des croyants…Même vocation : être les témoins de Dieu devant un monde qui a toujours tendance à perdre le sens de Dieu et à faire de l’homme sa propre fin. Même idéal humain : conduire les hommes à la vie éternelle… » (op. cit., pp. 46-47). Un immense champ est disponible pour la coopération entre Chrétiens et Musulmans.

CONCLUSION

         Ces quelques propos nous ont permis de revisiter le grand tournant qu’a constitué le Concile Œcuménique Vatican II, en particulier pour le nouveau regard porté sur les religions non chrétiennes ; il nous a montré la place que ce thème a occupé dans la pensée et la pratique pastorale de Monseigneur Yves Plumey. Au vu de quoi l’on est en droit de considérer ce prélat comme « un exemple de fraternité et d’ouverture dans le dialogue interreligieux ».

 

Mgr Antoine NTALOU,

Archevêque émérite de Garoua

 


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