Interview de Mgr Samuel Kleda, archevêque de Douala au sujet de l’homosexualité

Mgr Samuel KLEDA, Douala Mgr Samuel KLEDA, Douala

L’Eglise s’oppose avec fermeté aux lobbies qui veulent imposer l’homosexualité dans le monde

Mgr Samuel Kleda a participé du 18 au 25 juillet 2016 à Luanda en Angola, à la 17e Assemblée plénière du Symposium des Conférences épiscopales d’Afrique et Madagascar, (SCEAM). Les travaux étaient centrés sur le Thème « La Famille en Afrique hier, aujourd’hui et demain à la lumière de l’Evangile ». Le Président de la Conférence Episcopale Nationale du Cameroun explique en profondeur, l’importance de ces assises.


Excellence, vous avez participé à la 17ème Assemblée Plénière du Symposium des Conférences Episcopales d’Afrique et de Madagascar (SCEAM) qui s’est tenue en Angola du 18 au 25 juillet 2016. C’était autour du thème « La Famille en Afrique hier, aujourd’hui et demain à la lumière de l’Evangile ». Dans quel esprit se sont déroulés ces travaux dont l’importance des thèmes de réflexion n’est plus à démontrer ?


Les travaux se sont déroulés dans un climat de prière et de dialogue. Notre souci commun pendant ces travaux, était de tout faire pour que nous soyons au service de la famille, et que par nos réflexions, nous aidions la famille à retrouver sa vraie vocation, au regard des dangers qui la menacent aujourd’hui. Notre devoir était donc de trouver les voies et moyens pour accompagner et protéger la famille.


Qu’est ce qui a nécessité la tenue d’une telle rencontre à Luanda ?


Le thème des travaux, à savoir, « La Famille en Afrique hier, aujourd’hui et demain à la lumière de l’Evangile », a été choisi pour permettre aux évêques d’Afrique de continuer la réflexion entamée aux deux Synodes (octobre 2014 et octobre 2015) sur la famille et le mariage. Compte tenu de la spécificité du mariage en Afrique, il était important de nous réunir afin d’insister sur les problèmes particuliers qui concernent le mariage et la famille en Afrique. Nos réflexions poursuivaient un objectif principal, retrouver le sens véritable du mariage qui nous vient de Jésus Christ. Il s’agissait d’orienter nos familles selon le dessein de Dieu, en nous inspirant des enseignements des deux Synodes évoqués plus haut.


Pendant les travaux, les Evêques ont réfléchi sur les nouveaux défis pastoraux de la famille
africaine. Quelle est la stratégie définie par nos Pasteurs dans ce cadre ?


Pendant la préparation des deux Synodes sur la famille, les évêques ont beaucoup insisté sur les défis liés à l’institution de la famille, à cause de la crise morale que connaît le monde actuel. Ce monde est marqué par les violences de toutes sortes, la pauvreté, la misère. Ce sont là autant de maux qui ont des répercussions sur la famille, d’où l’importance d’étudier ces défis avec minutie, afin qu’ils n’impactent pas négativement sur l’harmonie des familles. Aujourd’hui, les divorces sont prononcés dans les tribunaux, le mariage tend à perdre de sa valeur dans notre société, les parents ne s’impliquent plus assez dans l’accompagnement de leurs enfants. Les enfants, parce qu’abandonné à eux –mêmes, prennent des initiatives parfois inappropriées en vue du mariage. Il convient donc d’attirer l’attention des familles sur ces défis, et mettre en place un cadre d’accompagnement spirituel efficace.


Les Pasteurs ont aussi préconisé la recherche de nouvelles méthodes d’évangélisation. Ce travail est-il encore en réflexion au niveau des Conférences Episcopales, avant une mise en commun générale qui permettra de définir une stratégie commune ?


Dans la pastorale de la famille, nous devons insister sur la préparation au mariage. Beaucoup de conjoints se marient sans aucune préparation, sans même prendre le temps de connaître les exigences du mariage. Le mariage, c’est le projet de Dieu. Pour accueillir cet amour que le Seigneur nous donne, il y a des exigences auxquelles il faut se conformer. Avant de se marier, les futurs conjoints doivent avoir une bonne formation. Se marier, c’est aussi exprimer sa foi. Celui qui accepte de se marier à l’Eglise croit aux valeurs du mariage et de la famille chrétienne. Si un conjoint n’adhère pas à ce projet de Dieu, il ne sera pas disposé à ouvrir son cœur à la grâce que notre Seigneur Jésus Christ accorde aux couples. Ceux qui sont appelés à se marier doivent d’abord être des personnes converties qui se nourrissent de l’enseignement de notre Seigneur Jésus Christ. Par conséquent, il est important que nous changions même notre manière d’évangéliser pour que l’Evangile de Jésus Christ touche le cœur des chrétiens. Voilà le principal défi à relever par l’Eglise, transmettre l’Evangile à chaque fidèle, afin que lorsqu’arrive le moment de se marier, que cela se fasse en toute connaissance de cause. Ce n’est pas le jour où l’on décide de se marier que l’on doit découvrir la Parole de Dieu.


Les travaux ont aussi examiné l’influence des médias sur la famille. Que faut-il faire pour que les médias, particulièrement ceux de l’Archidiocèse de Douala, Radio Veritas, Télévision Veritas, et L’Effort camerounais au niveau national ne soient pas vecteurs des doctrines qui détruisent la famille ?


Le Concile Vatican II a été convoqué dans un contexte particulièrement difficile par le Pape Saint Jean XXIII. C’était à une époque des grands bouleversements dans le monde et dans les familles. La Radio existait déjà, mais la télévision était encore à ses débuts. Et lorsque les télévisions ont commencé à diffuser, il n’y avait plus de dialogue dans les familles. Après le travail, les couples passaient leur temps à regarder la télévision, et n’avaient plus le temps de dialoguer. Ce moyen de communication sociale a donc bouleversé et changé les habitudes dans les familles. Et cette situation a été débattue lors du Concile Vatican II. Dans le monde de notre temps, ces médias continuent d’avoir un impact dans la vie des familles. Prenez l’exemple de l’internet. La permissivité que propage ce canal n’a plus de limite. Tout est à la portée de n’importe qui, même les petits enfants. Sur internet, on peut tout regarder sans aucune restriction. Autrement dit, dans ces médias, il n’y a plus de morale. L’influence de l’internet est tellement forte qu’elle agit sur tout le monde. Parfois dans les familles, on se laisse prendre dans le piège, en prenant des vedettes de cinéma ou des personnes perverses comme des modèles ! C’est donc pour dire que les médias qui exercent une influence
négative sur les familles n’apportent rien à l’humanité. Dans l'Exhortation apostolique post-synodale Africae Munus, le Pape Emérite Benoît XVI a beaucoup insisté sur l’apport des moyens de communication sociale dans l’évangélisation. Quand ils sont utilisés pour le bien, pour l’éducation et la formation, les moyens de communication sociale jouent un rôle important dans l’évangélisation. Dans l’Archidiocèse de Douala, nous avons d’importants moyens de communication sociale. Pour qu’ils jouent le rôle que l’Eglise attend d’eux, ils doivent être au service de l’évangélisation. Pour participer pleinement à l’œuvre d’évangélisation, les journalistes catholiques doivent connaître l’enseignement et les valeurs de l’Eglise. Par conséquent, les journalistes qui travaillent dans les médias catholiques à savoir L’Effort camerounais, la Radio Veritas et la Télévision Veritas, doivent avoir une formation en théologie. J’encourage donc nos journalistes à s’inscrire à l’Ecole Cathédrale de Théologie pour les laïcs de Douala mieux connaître la Parole de Dieu et la doctrine de l’Eglise. Cela leur permettra d’avoir des arguments solides lorsqu’ils doivent développer une réflexion sur la famille. Les journalistes doivent connaître la morale catholique, car ils ont aussi pour mission d’annoncer l’évangile. Si tout le monde se dispose de cette manière, nos moyens de communication sociale rendront d’énormes services dans l’annonce de l’évangile.


Après la publication par les Evêques d’Afrique d’une Lettre pastorale à l’issue de cette assemblée, dont l’enseignement rappelle que le mariage c’est entre un homme et une femme, comment ce message devra-t-il être vulgarisé dans les diocèses de l’Eglise Catholique qui est au Cameroun ?


Nous avons la grâce en Afrique et dans notre pays le Cameroun de ne pas suivre les tendances
contraires au mariage chrétien qui se répandent actuellement en Europe, où l’on parle des couples gays, c’est-à-dire des personnes de même sexe qui se mettent ensemble. Pour que nous ne soyons pas surpris et envahis par ces tendances contraires à l’évangile, nous devons être en éveil permanent, c’est-à-dire continuer à expliquer à temps et à contretemps le mariage selon le dessein de Dieu. Dieu a un projet pour l’homme, et c’est pour le bonheur de la personne humaine. Nous devons sauvegarder cette position qui est éclairée par notre foi. En Afrique, nous avons déjà atteint plus d’un siècle d’évangélisation. Au Cameroun, il y a de cela 150 ans que nous avons reçu l’évangile et rencontré notre Seigneur Jésus Christ. Dans la Genèse, on ne nous a jamais dit que les hommes devaient se marier entre eux, et les femmes entre elles. Du point de vue même de la loi naturelle comme nous l’enseigne l’apôtre Paul, l’homme et la femme se complètent. Ceux qui viennent nous dire aujourd’hui qu’un homme peut épouser un homme et une femme une autre femme, sont contre la loi divine, c’est contre nature. C’est une tendance qui n’entre pas dans le projet de Dieu. Cela ne fait pas partie de la vie de l’homme qui craint Dieu. Il n’est pas normal que ces tendances soient imposées à tout le monde. Cela ne devrait pas se faire. En Afrique, c’est le dessein de Dieu pour l’homme qui guide notre vie. C’est ce que Dieu a prescrit que nous devons suivre.


Il y a eu deux Synodes de l’Eglise universelle sur la Famille, puis l’exhortation apostolique post synodale du Pape François Amoris Laetitia. Ici et là, l’Eglise souligne que le mariage c’est entre un homme et une femme. Qu’est ce qui explique l’insistance des Evêques d’Afrique sur le sujet, alors qu’on croyait le débat clos?


Nous insistons sur cet enseignement pour faire comprendre aux pays du Nord qui ont légalisé le mariage homosexuel qu’ils sont dans l’erreur. Il y a des lobbies qui travaillent inlassablement pour répandre les tendances homosexuelles dans le monde. Les pressions sont tellement fortes qu’elles sont exercées sur les Etats à qui l’on voudrait forcer la légalisation de l’homosexualité. Nous nous y opposons fermement au nom de notre foi en notre Seigneur Jésus Christ. C’est pourquoi, nous les Evêques d’Afrique, lors des deux synodes sur la famille tenus à Rome, nous avons réaffirmé avec force que le mariage c’est entre un homme et une femme. A Luanda, lors de la 17ème Assemblée Plénière du Symposium des Conférences Episcopales d’Afrique et de Madagascar (SCEAM), nous l’avons encore réaffirmé en disant : « En Jésus Christ, le mariage acquiert sa véritable dimension. Lien irrévocable d’amour entre un homme et une femme, ouvert sur la vie et la procréation, comme gage de renouvellement de la société et de l’Eglise, le mariage ne peut donc pas concerner des personnes du même sexe ». Et c’est ce que nous allons continuer à enseigner. Le mariage gay n’entre pas dans le projet de Dieu. Nous les Evêques d’Afrique, nous défendons tout ce qui respecte la dignité de la personne humaine.


La position des évêques est claire : le mariage, c’est entre un homme et une femme. Mais sur le plan bilatéral, nos gouvernants continuent de subir des pressions pour légaliser le mariage homosexuel. Que peut faire l’Eglise pour soutenir nos gouvernants dans ce combat ?


Nous les Evêques, nous soutenons et prions pour nos Etats. Dans le message final qui sanctionne les travaux de la 17e Assemblée plénière du Symposium des Conférences épiscopales d’Afrique et Madagascar, (SCEAM), nous encourageons les Etats qui s’opposent à la légalisation de l’homosexualité. Nous continuons à prier, à enseigner, et à condamner ce genre de mariage. Nous disons à nos gouvernements qu’ils ne sont pas seuls, l’Eglise est avec eux.


L’argument très souvent utilisé par ceux qui veulent détruire l’enseignement de Dieu sur le mariage, est que les Etats qui ne légalisent pas le mariage homosexuel ne respectent pas les droits de l’homme. Doit-on parler des droits de l’homme dans ce contexte ?


Je fais souvent cette réflexion en rapport à votre question. Peut-on être libre en faisant le mal ? Peut-on encourager quelqu’un à faire le mal au nom des droits de l’homme ? Le droit ne s’exerce pas dans le mal ou dans le péché.

Les deux Synodes invitent à protéger et à défendre la Famille « pour qu’elle rende à la société le service que celle-ci attend d’elle, c’est-à-dire lui donner des hommes et des femmes capables d’édifier un monde de paix et d’harmonie ». Si la famille n’est pas protégée et sauvegardée comme le font nos Evêques, que pourrait devenir le monde ?


Le Saint Pape Jean Paul II disait que l’avenir de l’Eglise et des Etats, c’est la famille. Imaginons un monde où les hommes épousent les hommes, où les femmes épousent les femmes. Il n’y aura plus de familles, il n’y aura plus de société, ce serait la fin du monde. C’est pour dire que ceux qui accordent du crédit au mariage homosexuel sont dans une voie sans issue. On ne peut même pas parler de mariage quand deux personnes de même sexe se mettent ensemble. Qu’ils trouvent l’expression qu’ils veulent, mais on ne parlera jamais de mariage dans ce cadre. Pour nous chrétiens, le mariage a un sens précis. Par exemple, on ne peut pas parler de mariage lorsqu’il s’agit d’un couple de singes. Lors des deux synodes convoqués par le Pape François, les Pères synodaux ont catégoriquement refusé d’attribuer le terme mariage quand il s’agit d’un couple d’homosexuels. L’Eglise n’est pas prête à se soumettre à cette histoire, parce que l’avenir de l’humanité, c’est la famille.


Les Evêques ont aussi souligné la beauté du mariage. Il n’est pas un fardeau, mais une communauté d’amour, de joie et d’épanouissement. A Batouri, lors du 39e Séminaire des Evêques du Cameroun (du 09 au 16 janvier 2016), il a été mentionné l’insuffisance du temps de la préparation des couples appelés à se marier. Y a-t-il déjà une réponse à cette préoccupation en vue d’une formation plus approfondie des mariés, pendant, avant et après la célébration du mariage ?


Les Pasteurs ont pris conscience de l’accompagnement à donner aux couples qui se préparent au mariage. Les chrétiens eux –mêmes sont conscients de l’importance de la préparation. Si les prêtres sont formés aussi longtemps pour accéder au ministère sacerdotal, comment ne pas aussi donner une formation en profondeur à un couple appelé à vivre pendant toute la vie ? L’Eglise est pour une préparation à plusieurs niveaux. Elle recommande particulièrement l’implication des parents dans l’accompagnement de leurs enfants qui se préparent au mariage. Ensuite, il faut que les jeunes appelés à se marier apprennent aussi à mieux se connaître et à cheminer ensemble à la lumière de la Parole de Dieu. Dans l’Archidiocèse de Douala, la formation des futurs mariés est au moins de trois mois. Il y a maintenant un autre aspect qui n’était pas pris en compte, c’est l’accompagnement pastoral post matrimonial. Après le mariage, les jeunes commencent leur vie commune et rencontrent parfois des difficultés. S’ils ne sont pas soutenus spirituellement, ils peuvent se décourager, parfois même jusqu’à la séparation. C’est ici que l’on peut voir l’importance de l’accompagnement qui peut se faire par des couples plus expérimentés, notamment ceux qui mènent une vie harmonieuse. Nous encourageons aussi les communautés chrétiennes à être attentives aux couples qui traversent des moments difficiles. Au niveau de l’Eglise universelle, le Saint Pape Jean Paul II a créé une école de formation des formateurs de couples. Dans notre diocèse, nous avons un couple qui a été formé au Benin pour cette cause. Dans la pastorale des couples, il est essentiel d’avoir des personnes bien formées qui peuvent former d’autres personnes en vue de cette mission dans le diocèse. L’Eglise y accorde une grande importance.


«Familles chrétiennes africaines, n’ayez pas peur de mettre le Christ au centre de votre vie et de lui faire confiance ! Peuples d’Afrique, notre mission envers la Famille est noble ! Engageons-nous à promouvoir la Famille ! Elle vivra et nous vivrons» ! Que veulent nous dire les Evêques d’Afrique à travers cette séquence ?


Nous voulons simplement dire aux couples que pour arriver au bonheur, pour réaliser une vie de famille harmonieuse, il n’y a qu’un seul Chemin, c’est Jésus Christ. C’est le seul chemin sur lequel marchent les chrétiens qui prient, qui vivent fidèlement leur foi, qui vivent de l’Amour de Dieu. Ces chrétiens, s’ils sont mariés, seront aussi heureux dans leurs foyers.


Excellence, avez-vous un message pour rappeler aux communautés la noblesse du mariage tel qu’enseigné par l’Eglise ?

A travers le mariage, le Christ accorde une grâce spéciale aux couples. Nous devons adhérer à ce que Dieu nous a révélé, en prenant exemple sur la Sainte Famille de Nazareth. Par conséquent, les couples ne doivent pas se laisser influencer par les tendances erronées du mariage que l’on veut imposer au monde de ce temps. Qu’ils soient des hommes et des femmes de foi, et qu’ils découvrent chaque jour, le mariage selon le projet de Dieu. C’est la voie du bonheur que nous indique le Christ.


Interview réalisée par Sylvestre Ndoumou,
N° 636 du 10 au 23 août 2016


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Last modified on lundi, 28 juin 2021 19:10
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