Interview de Mgr Samuel Kleda suite au décès tragique de Mgr Jean Marie Benoit Balla, évêque de Bafia

Mgr Samuel KLEDA, Douala Mgr Samuel KLEDA, Douala

L’archevêque de Douala explique les motivations de la démarche des évêques du Cameroun, en vue de la manifestation de la vérité sur les mobiles de l’assassinat de Mgr Jean Marie Benoît Bala.

Peut-on dire que la mort de Mgr Bala a été une grande épreuve pour l’Eglise Catholique qui est au Cameroun, les Pasteurs et les fidèles ?


Comme vous le dites si bien, le décès inattendu et tragique de Mgr Bala a été une très grande épreuve pour tous les chrétiens de notre pays, ainsi que pour les hommes de bonne volonté. Jusqu’à ce jour, on ne comprend toujours pas les causes de l’assassinat de ce pasteur. Vous imaginez que d’une manière soudaine, on nous annonce que le corps de Mgr Bala a été jeté dans le fleuve Sanaga. Et ce qui a davantage choqué notre sensibilité, c’est la désinformation qui s’est développée autour de cette affaire qui ne fait pas honneur à notre pays. Les chrétiens ont été choqués d’entendre que Mgr Bala s’est suicidé en se jetant dans le fleuve. C’était vraiment un moment difficile pour les chrétiens, et même pour le monde entier.


Les Evêques du Cameroun ont surpris tout le monde en décidant de porter plainte contre X. Quelles sont les motivations de cette plainte ?


Un crime a été commis, un évêque a été assassiné. Comment les évêques pouvaient –ils rester les bras croisés, sans chercher à connaître ce qui s’est réellement passé ? C’est donc pour cela que nous avons décidé d’engager cette procédure dans le seul but de connaître les circonstances du décès de Mgr Bala. Il s’agit pour nous de connaître les auteurs de ce crime. Nous ne pouvions pas rester les bras croisés, parce que certains esprits orientés par le diable ont fait répandre de fausses informations sur la mort de Mgr Bala, dans le but de cacher la vérité, ou de nous éloigner de la vérité. Je pense qu’il est tout à fait normal que nous les évêques portions plainte pour que les criminels qui ont commis ce meurtre soient identifiés. Il ne s’agit pas pour les évêques de rechercher une quelconque vengeance. Notre démarche a pour but de connaître la vérité sur cette affaire. Rappelez-vous que ce n’est pas la première fois qu’un assassinat est commis contre un évêque, les prêtres et les religieuses dans ce pays, dans les mêmes circonstances. Ce qui est tout de même curieux, c’est que jusqu’à ce jour, les enquêtes n’ont jamais abouti.


En décidant de porter plainte contre X, peut-on dire que l’Eglise fait entièrement confiance à la justice de notre pays, quand on sait que d’autres affaires similaires sont restées sans suite comme vous venez de le souligner ?


Nous faisons toujours confiance à la justice de notre pays, malgré les manquements que nous décrions. Si la justice elle –même ne cherche pas à dire la vérité, alors, le peuple va se charger de juger cette justice. C’est le peuple qui va juger les autorités camerounaises, puisqu’elles ne font rien pour éclairer l’opinion publique sur les situations pareilles. Nous avons porté plainte, en prenant à témoin le peuple camerounais.


L’Eglise a toujours prôné le dialogue en toutes circonstances. Pour le cas particulier, que recherche l’Eglise ? La vengeance ou la manifestation de la vérité ?


Ne confondons pas les choses. Il est clair qu’il y a eu un crime contre un évêque. Notre démarche est une esquisse de dialogue pour aboutir à la vérité. Lorsqu’il y a un crime comme c’est le cas, il est important de connaître la vérité. L’Eglise ne cherche pas la vengeance, nous agissons dans le cadre de la loi. Cela signifie que lorsque des crimes sont commis dans un pays, et que les auteurs ne sont pas punis, cela peut être un grand souci dans un Etat de droit. Notre démarche veut que les auteurs et les commanditaires de ces crimes soient identifiés, afin qu’ils ne récidivent plus. Dans un Etat de droit, lorsqu’un préjudice est commis, l’auteur de ce préjudice doit être identifié et puni par la loi.

Dans la déclaration publiée par les évêques suite au décès tragique de Mgr Jean Marie Benoît Bala le 13 juin 2017, au No 7, les Evêques écrivent : « aux meurtriers, les Evêques prient pour eux et leur demandent de s’engager dans une démarche de conversion urgente et radicale ». Quel message les évêques voulaient-ils passer à ces personnes- là ?


A travers votre question, vous pouvez comprendre que notre but n’est pas de rechercher une
quelconque vengeance. En tant que pasteurs, notre souhait est que ceux qui ont commis ce crime se convertisse. Il faut qu’ils abandonnent leur penchant pour le crime. Voilà pourquoi nous les invitons à se convertir et à se repentir. En tant que pasteur, nous pensons que tout homme est capable de se convertir.


Dans une récente sortie médiatique, vous avez affirmé que beaucoup de personnes ne veulent plus entendre parler de cette affaire. Qu’est ce qui peut expliquer cela? Est-ce la peur de la mort ou tout simplement le désir de cacher la vérité sur la mort de Mgr Bala ?


Si nous restons dans la logique de ceux qui ne veulent plus entendre parler de cette affaire, cela signifie qu’il faut fermer la justice et les tribunaux. Autrement dit, nous devons vivre dans un pays sans justice. Réfléchir de cette manière est absurde et contre-productif pour l’avènement d’un Etat de droit.


L’assassinat de Mgr Bala et des autres religieux au Cameroun est-elle de nature à décourager les Pasteurs que vous êtes dans l’annonce de l’Evangile ?


Les pasteurs que nous sommes, ne pouvons nous décourager quelles que soient les difficultés que nous rencontrons dans l’annonce de l’Evangile. N’oubliez pas que tout au long de son histoire, l’Eglise a toujours été persécutée, à travers les évêques, les prêtres, les religieuses, et les fidèles. Dans l’apocalypse de Saint Jean, cela est bien souligné, puisqu’à cette époque, porter le nom de chrétien était un crime de lèse-majesté, passible de peines lourdes. Ce qu’il convient de comprendre est qu’un pasteur qui a été appelé par Dieu pour annoncer l’évangile, rien ne peut l’empêcher d’accomplir cette mission, quelles que soient les souffrances qu’il endure. Nous les pasteurs, ne suivons que l’exemple des apôtres qui sont tous morts martyrs. Le martyre ne peut en aucun cas décourager ou faire reculer les pasteurs que nous sommes pour annoncer l’évangile.


Compte tenu des menaces et des intimidations qui circulent autour de cette affaire, nos pasteurs ne prennent-ils pas trop de risques dans cette affaire ?


Je vous ai dit plus haut que rien ne peut intimider un pasteur lorsqu’il s’agit de rechercher la vérité. Ceux qui cherchent à intimider les évêques, ou ceux qui veulent tuer d’autres évêques, n’ont qu’à le faire. Nous ne pouvons pas reculer, nous ne recherchons que la vérité.


Les évêques du Cameroun sont allés prier pour le repos de l’âme de Mgr Bala à Bafia. Quelle signification peut –on donner à cette célébration ?


Cette célébration montre que nous n’oublions pas notre frère. Il s’agit pour nous de montrer que nous sommes tous unis à notre frère, malgré cette tragédie. Nous voulons profiter de cette occasion pour exprimer notre peine par rapport à cet assassinat qui a choqué tout le peuple de Dieu. Nous ne voulons plus que cela se produise encore dans notre pays. Si jamais on ne parvient pas à trouver les auteurs de ce crime, cela pourrait laisser imaginer que l’Eglise catholique qui est au Cameroun est persécutée. Mais, un jour, l’identité de ceux qui nous persécutent sera connue. Tuer un évêque innocent est un crime odieux.

Avez-vous un message à l’endroit de tous les Camerounais qui soutiennent les Evêques et prient pour eux dans leur combat pour la manifestation de la vérité sur la mort de Mgr Jean Marie Benoît Bala ?


Je demande aux fidèles d’être courageux, et qu’ils soient capables de supporter les épreuves qui leur arrivent durant leur pèlerinage terrestre. Les chrétiens doivent comprendre que l’Eglise a toujours traversé des moments très difficiles. Nous devons faire des efforts pour être des témoins fidèles du Christ quelles que soient les circonstances. Et c’est avec la force que le Christ nous donne que nous recherchons la vérité sur l’assassinat de Mgr Bala. Si on a tué Mgr Bala parce qu’il a défendu l’Eglise, il est automatiquement un martyr. J’invite tout le peuple de Dieu à prier pour que la vérité éclate, et que les causes profondes de ce crime soient révélées.


Interview réalisée par Sylvestre Ndoumou


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Last modified on lundi, 28 juin 2021 19:09
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